Malraux à l'hôpital 1972 (1)

 

à propos d'une photo

d'André Malraux à l'hôpital (1972)

 

Malraux à l'hôpital 1972 (1)

 cette photo : "c'était mal, parce que ce n'était pas vrai",

Sophie de Vilmorin 

 

  • Le 19 octobre 1972, André Malraux est entré à l'hôpital La Salpêtrière à Paris  (13e). Voici le témoignage de Sophie de Vilmorin dans Aimer encore (1999) :

"L'idée saugrenue lui est venue d'accepter d'être photographié pour Paris-Match sur son lit d'hôpital. Un peu de vanité peut-être ? Je ne crois pas. Il voulait plutôt entrer à nouveau dans sa vie, celle d'un homme en vue, et reprendre contact avec son lectorat, car il avait un livre en projet, ce que je ne savais pas.

Le spectacle a été horrifiant. Les photographes sont arrivés, ils ont déballé leurs projecteurs et leur parapluies, ils ont débarrassé la table de chevet de tout ce qu'elle supportait et y ont posé un grand cadre en argent renfermant un portrait du général de Gaulle. Non contents de ces méfaits, ils ont demandé à André Malraux de s'allonger complètement, bien raide, avec son drap ramené jusqu'au menton. Et ils ont pris la photo.

J'ai tempêté en vain. Ces gens, contents d'avoir bien fait leur affreux métier, se sont ri de mes protestations. Ils n'ont même pas remporté leur cadre !

La revue a paru, offrant à ses lecteurs avides de sensations la photo pleine page d'un gisant, avec la légende : «André Malraux est devenu le voyageur immobile». De ce jour est née mon aversion pour cette sorte de journalistes.

C'était mal, parce que ce n'était pas vrai il n'était pas du tout immobilisé. Mais bon... il aurait pu l'être, passagèrement. Le pire était le portrait du Général, car il proposait au public l'image d'un André Malraux attaché au souvenir charnel d'une personne disparue, et ça, c'était dénaturer sa personnalité : s'il était interpellé par la mort à un très haut degré, il était modérément atteint par la perte d'êtres qui lui avaient été proches sentimentalement.

J'irai jusqu'à dire qu'il n'était en deuil de prsonne. Si j'avais disparu et qu'il eût trouvé une autre femme pour prendre ma place, il m'eût pareillement enfouie dans ses limbes personnels, sans regrets prolongés ni photo."

Sophie de Vilmorin, Aimer encore, 1999,
éd. Folio, 2001, p. 140-141

 

Malraux à l'hôpital 1972 (2)

 

Aimer encore couv

 

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